Algérie: Appel au rejet des élections législatives
Les autorités algériennes prévoient des élections législatives pour le 2 juillet 2026. Les électeurs, y compris les Amazighs de ce pays, sont appelés à voter. Cependant, le Congrès Mondial Amazigh (CMA) constate que les conditions minimales pour faire de ce scrutin un acte de participation à la vie politique et à l’exercice de la démocratie ne sont nullement réunies.
. L’Autorité Nationale Indépendante des Elections (ANIE), créée en 2019 pour superviser la régularité des élections, est totalement soumise au pouvoir exécutif dans la mesure où tous ses membres
et son président sont désignés par le chef de l’Etat. De plus, en 2025, une partie importante de ses prérogatives lui a été retirée et transférée au ministère de l’intérieur. Cette «autorité» n’a
donc rien d’indépendant et devrait s’appeler tout simplement «autorité nationale des élections» (ANE), organe administratif de l’Etat. Pour ces élections législatives, l’ANE s’est déjà illustrée
par le rejet de plusieurs centaines de candidatures, dont plusieurs dizaines de candidatures amazighes, pour des motifs aussi flous et absurdes que «candidat-es ayant des activités suspectes» ou
«ayant fait l’objet de peines de privation de liberté». Ainsi, l’ANE se substitue à la justice et sanctionne des candidat-es sur la base de simples «soupçons», ce qui autorise tous les abus. Par
ailleurs, lorsqu’un-e candidat-e a été condamné-e par la justice et a purgé sa peine, pourquoi lui infliger une seconde sanction? Surtout lorsque les condamnations ont été prononcées pour des
motifs politiques, comme c’est le cas de plusieurs candidat-es Amazighs, notamment Kabyles. De l’avis de juristes spécialisés, l’ANE s’avère n’être qu’un instrument obéissant aux ordres des
hautes autorités algériennes, chargé de choisir les futurs élu-es qui siégeront au parlement algérien. Le «scrutin» du 2 juillet prochain n’est donc pas une élection mais juste une tragi-comédie
électorale destinée à tromper l’opinion internationale.
. En Algérie comme à l’étranger, des citoyens algériens sont privés de leur droit d’être candidat-es et de voter du fait que l’administration algérienne refuse ou tarde à leur délivrer des
documents d’identité nécessaires à l’exercice de leur droit civique.
. En Algérie, l’expression de toute opinion non favorable au régime algérien, y compris un simple «like» sur les réseaux sociaux, est susceptible de conduire son auteur en prison. Dans ce contexte oppressant, aucun-e candidat-e ne peut faire sa campagne électorale librement et aucun-e citoyen-ne ne peut exprimer ses préoccupations, ni participer sereinement à aucun débat.
. Au cours de cette dernière décennie, la répression est passée à un stade jamais connu auparavant. Plusieurs centaines d’Amazighs, majoritairement des At-Mzab et des Kabyles, ont été tués au cours des 25 dernières années, plusieurs centaines d’autres sont actuellement en prison, dont plusieurs dizaines sont condamnés à la peine capitale. Leur seul tort est de ne pas être Arabes et de revendiquer leurs droits politiques, économiques, sociaux, culturels et linguistiques, conformément au droit international.
. Aucun des sujets majeurs qui préoccupent spécialement les Amazighs tels que leurs droits civils et politiques, leur besoin de s’auto-gouverner, de restaurer et/ou revitaliser leurs organisations politiques, sociales et culturelles, ne peut être évoqué, ni par les candidat-es, ni par les électeurs.
L’Algérie est un pays où la répression et la corruption sont les principaux instruments de gestion de l’Etat et où le juge n’est qu’un exécutant des décisions du pouvoir politico-militaire (on appelle cela «la justice du téléphone»). Dans un tel contexte, participer à cette élection, en tant que candidat ou en tant qu’électeur, revient à cautionner l’état de non droit et à encourager le système de domination imposé par le régime algérien aux Amazighs, avec ses injustices, son racisme, ses discriminations et ses crimes commis en toute impunité.
En conséquence, le Congrès Mondial Amazigh appelle instamment tous les Amazighs dans tous leurs territoires (Kabylie, Mzab, Aurès, et autres) et hors de leurs territoires, à ne pas participer à cette mascarade électorale algérienne et à boycotter cette fausse élection. Le CMA invite également tous les candidat-es amazighs, au moins par solidarité avec leurs collègues injustement invalidés par l’ANE, à se retirer de ce faux scrutin.
Pour tous les Amazighs de ce pays pour lesquels le principal enjeu est leur existence en tant que peuple(s) distinct(s), il est impératif d’adresser un message clair de résistance au régime autoritaire algérien et de prendre à témoin les instances internationales et l’opinion publique mondiale.
Liberté, dignité, justice pour les Amazighs.
Tilelli, addur, tazrift Imazighen– ⵜⵉⵍⴻⵍⵍⵉ, ⴰⴷⴷⵓⵔ, ⵜⴰⵣⵔⵉⴼⵜ ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⴻⵏ
Paris, 10/06/2976 – 22/06/2026
Le Bureau du CMA
