Le mépris envers le peuple amazigh se manifeste de nouveau au plus haut sommet de l’Etat algérien
Mohamed Lamine Belghit, enseignant d’histoire en Algérie, a déclaré le 1er Mai 2025 sur la chaine de télévision Sky News Arabia, que « la culture amazighe n’existe pas » et qu’il s’agit d’une « création franco-sioniste ».
Cette déclaration de haine anti-Amazighs a choqué non seulement les Amazighs d’Algérie mais aussi une partie de la population non-amazighe de ce pays. Elle a été considérée d’autant plus scandaleuse qu’elle a été prononcée par un enseignant.
Sur le plan juridique, les propos de M. Belghit s’opposent frontalement à plusieurs dispositions de la Constitution algérienne qui indiquent notamment que l’Algérie est un « pays arabe et amazigh », que « l’amazighité » est une des composantes fondamentales de son identité et que la langue amazighe a le statut de « langue nationale et officielle » (article 4). En conséquence, le 3 Mai 2025, le tribunal de Dar-El-Beida près d’Alger a ordonné l’arrestation et la mise en détention provisoire de M. Belghit pour « atteinte à l’unité nationale et diffusion d’un discours de haine et de discrimination ». Le 3 juillet 2025, le tribunal le condamne à 5 ans de prison ferme. Le 7 octobre, la Cour d’Appel d’Alger réduit sa peine à 3 ans de prison ferme et 2 ans de prison avec sursis. Le 11 décembre 2025, la Cour Suprême rejette son pourvoi en cassation, ce qui rend sa condamnation définitive. Quelques jours après, soit le 15 décembre, à la surprise générale, le chef de l’Etat algérien, M. Tebboune, lui accorde sa grâce et M. Belghit retrouve la liberté.
Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) note et s'étonne d’abord du fait que M. Belghit a bénéficié de procédures de justice exceptionnellement rapides. Il n’a effectué que 2 mois de détention préventive alors que la durée moyenne de la détention préventive pour les détenus Amazighs et notamment pour les détenus politiques kabyles, est de 16 mois environ.
En accordant sa « grâce présidentielle » à un raciste dangereux qui veut effacer l’existence du peuple autochtone amazigh aux racines plurimillénaires dans ce pays, le chef de l’Etat algérien fait preuve de son absence totale de loyauté et de solidarité envers les Amazighs. Visiblement, pour M. Tebboune, les Amazighs ne méritent aucune considération. En libérant si rapidement un homme condamné pour avoir gravement violé la loi et offensé les Amazighs, le chef de l’Etat algérien manifeste son soutien à la mouvance islamo-panarabiste et ce faisant, il encourage le retour à la guerre civile dans son pays.
Pendant ce temps, des centaines d’Amazighs, des Mozabites et des Kabyles majoritairement, dont des condamnés à mort, croupissent arbitrairement dans les prisons algériennes, suite à des procès violant tous les standards minimaux de justice. En Algérie, la haine anti-amazighe ne se réduit pas à quelques dérapages verbaux, elle est une institution de l’Etat.
Le Congrès Mondial Amazigh dénonce fermement la décision du chef de l’Etat algérien de libérer M. Belghit de manière illégitime et injustifiée. Le CMA considère cela comme une caution exprimée indirectement par M. Tebboune à des propos racistes et de haine anti-Amazighs. C’est une faute grave du chef de l’Etat algérien que le CMA dénoncera avec force auprès des instances internationales.
Le CMA poursuivra sans relâche son combat contre le racisme, les discriminations et les injustices infligées aux Amazighs et pour leurs droits individuels et collectifs. De nouveau, le CMA exige la libération de tous les détenus politiques et d’opinion Amazighs en Algérie.
Paris, 14/12/2975 – 26/12/2025
Le Bureau du CMA
