Incendies meurtriers en Kabylie

Incendies meurtriers en Kabylie: l’État algérien responsable

 

En cette fin du mois de juillet 2023, la Kabylie est de nouveau gravement brûlée, principalement dans la région de Vgayet.

 

Des milliers d’hectares de forêts, de champs cultivés, des animaux, des habitations ont été détruits par les flammes. D’après diverses sources d’information, près de quarante personnes seraient mortes brûlées.

 

Au mois d’août 2021, c’est du côté de Tizi-Wezzu que la même tragédie s’était produite mais avec des conséquences beaucoup plus graves puisque les pertes humaines uniquement s’étaient élevées à environ deux cent cinquante. Le gouvernement avait alors déclaré que les feux ont été allumés par des mains criminelles mais il n’a diligenté aucune enquête indépendante afin de déterminer les responsabilités dans les départs des feux et dans la gestion des incendies. Quelques semaines plus tard, les gendarmes algériens ont procédé à l’arrestation arbitraire d’une centaine de personnes qui ont été condamnées sommairement, sans preuves et sans aucun respect pour les procédures de justice.

 

Les incendies de cette année démontrent qu’aucune leçon n’a été tirée de la tragédie de 2021, ni en terme de prévention, ni en terme de stratégie de lutte contre les incendies. A titre d’exemple, l’Algérie ne dispose d’aucun avion bombardier d’eau alors que son budget d’armement a doublé en 2023. Pourquoi les hommes et le matériel de l’«armée nationale populaire» n’ont pas été réquisitionnés massivement pour venir en aide aux pompiers et aux citoyens qui ont lutté héroiquement contre le feu avec des pelles et des pioches?

 

Par ailleurs les autorités algériennes interdisent et empêchent physiquement toute initiative des citoyens et/ou des communautés villageoises en Kabylie pour s’auto-organiser et agir collectivement notamment pour faire face à tout type de grave danger. Pourtant, cela fait partie des traditions Kabyles. Lors de la crise du covid-19, les gendarmes sont intervenus pour démanteler brutalement les points de contrôle mis en place par les citoyens à l’entrée des villages afin de limiter les risques de propagation du coronavirus. Pourtant, l’OMS avait recommandé aux Etats de permettre aux communautés locales de gérer elles-mêmes la crise sanitaire.

 

L’expérience nous démontre qu’il est vain d’attendre que les solutions viennent de l’État algérien. Plus de soixante ans après son indépendance, cet Etat a démontré ses incapacités et plus grave, son hostilité envers les autochtones Amazighs. En revanche, tout le monde sait que si les Kabyles (et les autres Amazighs) étaient libres de remettre en place leur gouvernance locale traditionnelle, ils mettraient nécessairement en oeuvre les solutions adaptées aux défis qui se posent à eux, comme ils l’ont fait avant que leurs institutions autonomes soient détruites par les colonisateurs. En conséquence, le Congrès Mondial Amazigh (CMA) lance un appel pressant à tous les citoyens et aux acteurs institutionnels (associations, universités et élu-es des collectivités territoriales) afin d’ouvrir un débat serein sur le thème de la nécessaire restauration et le renforcement des capacités de la Kabylie à décider et à conduire son propre projet de société. Il y va de son avenir.

 

Dans l’immédiat, le CMA s’incline devant la mémoire des victimes et exprime ses plus vives condoléances à leurs familles. Le CMA soutient également toutes les actions citoyennes de solidarité avec les sinistrés ainsi que les actions de protestation comme celle lancée par la Ligue Kabyle des droits de l’homme, dimanche 30 juillet 2023 à 14h à Paris. Pour la Kabylie martyrisée, mobilisons-nous massivement !

 

Paris, 14/07/2973 – 26/07/2023

 

Le Bureau du CMA