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Majesté,
Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) est une Organisation Internationale non Gouvernementale de défense et de promotion des intérêts et des droits économiques, sociaux, politiques et culturels des communautés amazighes.
Plus que toute autre organisation internationale, le CMA suit avec une grande attention l’évolution de la situation politique, économique, sociale et culturelle que vit le Maroc.
Depuis votre accession au trône en juillet dernier, vous avez pris des initiatives courageuses et encourageantes, qui témoignent de votre volonté de faire entrer votre pays dans la modernité, fondée sur les principes de démocratie et de respect de la personne humaine.
Nul doute Majesté, que vous avez une parfaite connaissance de votre pays, de son peuple, de ses problèmes et de ses aspirations.
Cependant, il reste aujourd’hui une injustice flagrante, qui dure depuis des siècles et qui devient de plus en plus insupportable, c’est celle qui dénie au citoyen marocain le droit d’exprimer son identité amazighe. Pourtant le Maroc est numériquement le pays le plus amazigh de Tamazgha, la langue amazighe est parlée du Rif au Souss et des montagnes de l’Atlas à l’océan.
Depuis toujours, la seule réponse au vœu du citoyen de vivre simplement et librement son amazighité a été l’interdiction, la répression, l’emprisonnement. Exemple caricatural : il n’est toujours pas permis de choisir un prénom amazigh à son enfant ! Pas même cette liberté, la plus élémentaire qui soit !
Pourtant l’espoir était autorisé au lendemain du discours de feu Hassan-II, le 20 août 1994 au cours duquel il avait préconisé l’enseignement de tamazight.
Depuis, nous n’avons pas enregistré le moindre progrès, ni en ce qui concerne le statut de l’identité et de la langue amazighes, ni leur expression, ni leur promotion. Tout au contraire, le fait amazigh est folklorisé à des fins attractives pour l’activité touristique. Lorsqu’il s’agit de montrer ou d’exporter les valeurs culturelles marocaines, l’expression amazighe est étrangement absente. C’est ce qui vient de se passer lors de « l’année du Maroc » en France : Les artistes d’expression amazighe ont fait l’objet d’une véritable discrimination, déprogrammés au dernier moment alors que leurs noms figuraient sur les plaquettes d’information.
Dernière « agression » en date à l’encontre de l’identité amazighe, le rapport de la commission sur la réforme de l’enseignement qui ne prévoit de place pour la langue amazighe que comme instrument de… mieux apprendre l’arabe ! Cela est inadmissible et le mouvement amazigh marocain ne saurait l’accepter.
Sa Majesté, il est temps de rompre définitivement avec ces pratiques anachroniques et injustes, dangereuses pour l’unité et la cohésion du pays, indignes d’un Maroc qui ambitionne de rejoindre le concert des nations modernes.
Avec le mouvement amazigh marocain, le CMA en appelle à votre sagesse et à votre clairvoyance, autant qu’à votre sens de la justice pour qu’enfin :
- la langue amazighe soit dotée du statut de langue nationale et officielle du Maroc,
- qu’elle soit enseignée à tous les niveaux scolaires et universitaires,
- que toutes les universités abritent un département d’études, de recherche et d’enseignement de tamazight,
- que des moyens matériels, humains et financiers soient mis en œuvre pour que la langue amazighe puisse être pratiquée dans les relations entre l’administration et le citoyen,
- que des espaces d’expression amazighe conformes à la réalité culturelle et linguistique du pays soient réservés dans les médias audio-visuels publics,
- que le mouvement associatif amazigh bénéficie d’un soutien matériel et financier conséquent de la part de l’Etat.
Le Maroc ne pourra pas entreprendre son développement économique et social et assurer la stabilité et la paix nécessaires que s’il intègre le droit du peuple amazigh du Maroc à jouir pleinement de son identité culturelle.
Le CMA se tient à votre disposition pour vous rencontrer, à une date à votre convenance, afin d’examiner avec votre Majesté les moyens et les modalités pratiques qu’impliquent nos revendications.
Nous vous prions d’agréer, Majesté, l’expression de notre haute considération.
Paris, le 11/12/1999 Le Bureau Mondial du CMA.
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