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Disparition de notre compagnon de lutte

Ali Mamès, une vie pour Tamazight 

Ali Mamès vient de s’éteindre à l’âge de 80 ans des suites d’une longue maladie.

Le Congrès Mondial Amazigh, ses instances et ses membres, partagent la douleur et la tristesse de son épouse, de ses enfants, de sa famille élargie et de ses amis, auxquels ils adressent leurs plus sincères condoléances. La disparition de Dda Ali est une perte irremplaçable pour la cause amazighe.

Ali Mamès, membre du Congrès Mondial Amazigh depuis ses débuts, a soutenu et accompagné le CMA dans ses nombreuses activités internationales. Dda Ali a participé à tous les congrès du CMA sauf le dernier, tenu en octobre dernier à Djerba, en Tunisie, à cause de la maladie qui l’a cloué au lit. Mais comme toujours, sa femme et ses enfants étaient présents car Dda Ali y tenait. A Djerba, sa voix réconfortante, ses encouragements, ses conseils et sa sagesse nous ont beaucoup manqué.

Pour les militants Amazighs qui l’ont connu, il restera un exemple d’homme sincèrement engagé en faveur de la cause amazigh avec des qualités humaines de bienveillance, de solidarité, d’intégrité et de courage. Rares sont les Amazighs de sa génération qui se sont engagés comme il l’a fait, de manière ouverte, décomplexée et déterminée. Durant les réunions et conférences organisées par le CMA, il était toujours là pour apporter son témoignage de lutte, pour appeler à l’union des Amazighs et pour exhorter les jeunes militants à persévérer dans le combat car « Tamazight est une cause légitime, juste et noble » disait-il.

Le CMA recommande aux jeunes générations de ne pas oublier le message de Dda Ali et de poursuivre obstinément l’action jusqu’à la restauration pleine et entière des droits politiques, socioéconomiques, culturels et linguistiques des Amazighs dans tous les pays de Tamazgha. C’est la meilleure manière de rendre hommage à Dda Ali et aux autres illustres militants Amazighs aujourd’hui disparus.

Soyons nombreuses et nombreux à l’accompagner le 9 novembre jusqu’à sa dernière demeure dans son village natal de Icharaiwen, Tizi-Rached, en Kabylie.

Paris, 25/10/2961 – 6/11/2011

Le Bureau Mondial, le Conseil Fédéral et tous les membres du CMA

 
Tunisie

Tunisie : perspectives inquiétantes

Le 23 octobre 2011 la Tunisie a connu le premier scrutin à priori démocratique de son histoire. Les premiers résultats semblent donner l’avantage au mouvement islamiste Ennahda.

Faisant de l’identité de la Tunisie sa priorité, M. Ghanouchi, chef de ce mouvement islamiste, proclame : «Nous sommes arabes et notre langue c'est la langue arabe». Parle t-il au nom de sa personne ou au nom de tous les tunisiens ? En tout cas, il est utile de lui rappeler qu’historiquement la Tunisie est une terre d’abord amazighe (comme tout le reste de l’Afrique du Nord d’ailleurs) et qui a connu de nombreuses invasions de peuples et de civilisations d’origine européenne et orientale. La plupart de ces peuples ont cherché à s’imposer par la force et en tentant d’éradiquer la langue et de la culture amazighes autochtones. Mais malgré des siècles de génocide culturel, il subsiste aujourd’hui encore plusieurs millions de Tunisiens de souche amazighe, dont environ un million de locuteurs. Ceux-là ne sont certainement pas des arabes et leur langue n’est pas l’arabe. M. Ghanouchi qui a passé 20 ans de sa vie en Grande Bretagne ne connait visiblement pas bien son pays. Nous lui accordons volontiers la liberté de se définir comme il l’entend mais il ne peut dénier à d’autres Tunisiens de se définir comme Amazighs.

Les araboislamistes utilisent sciemment un discours aux relents intolérants et xénophobes pour galvaniser les foules et accéder au pouvoir démocratiquement pour mettre ensuite la main sur les rouages de l’Etat. Ils auront ainsi détourné la révolte d’une jeunesse assoiffée de justice et de liberté, pour satisfaire les intérêts étroits du clan le plus conservateur de la société. Cela est inquiétant pour l’avenir du pays.

Les Amazighs (Berbères) dont la culture est empreinte de sécularité et qui sont toujours à l’avant-garde des combats démocratiques, continueront d’agir de manière déterminée, en Tunisie comme ailleurs, en faveur des principes et des valeurs qui fondent le progrès humain.

Le Congrès Mondial Amazigh appelle les institutions démocratiques de par le monde, les peuples épris de justice et de paix, les organisations de la société civile et les citoyen-ne-s, à se mobiliser pour accompagner la Tunisie vers une réelle démocratie et pour lui éviter toute forme de régression. Il y va de l’intérêt de toute la région Euro-Méditerranéenne.

Paris, 15/10/2961 - 27/10/2011

Le Bureau du CMA

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Libye

La Libye n’est pas encore libre !

Après la mort du tyran Kadhafi et la fin de son régime dictatorial, la Libye devait célébrer ce dimanche 23 octobre 2011, sa libération.

Au cours de la cérémonie de proclamation de la libération du pays, Mustafa Abdeljalil, Président du Conseil National de Transition (CNT), au lieu de s’en tenir à manifester sa joie suscitée par la naissance de la nouvelle Libye libre et de présenter le processus d’instauration d’un régime démocratique, s’est adonné à des déclarations autant intempestives qu’incongrues et dangereuses.

Oubliant qu’il préside une instance provisoire fondée dans l’urgence dans le seul but de gérer l’état de guerre et outrepassant largement ses prérogatives, M. Abdeljalil a affirmé qu’« en tant que pays islamique nous avons adopté la charia comme loi essentielle et toute loi qui violerait la charia est légalement nulle et non avenue ». ll a cité en exemple la loi actuelle qui autorise le divorce et interdit la polygamie pour annoncer que « cette loi est contraire à la charia et elle n’est plus en vigueur ».

Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) est consterné par ces propos irresponsables de M. Abdeljalil, ancien ministre de Kadhafi de 2007 à 2011, qui veut maintenir la Libye dans le même système obscurantiste, discriminatoire et liberticide. Dans ce cas, pourquoi avoir fait une révolution ? Pourquoi tant de morts et de destructions ? Uniquement pour changer de dictature ?

Le CMA dénonce vigoureusement ces déclarations illégitimes et d’une grande brutalité, qui portent les germes de la division et tendent à orienter les futurs choix fondamentaux des libyens dans le sens d’un conservatisme religieux anachronique et rétrograde. La Libye ne peut tourner le dos à la modernité, aux principes démocratiques universels et aux textes fondamentaux du droit international relatifs aux droits humains. L’égalité en droits des hommes et des femmes, le respect des libertés fondamentales dont la liberté de conscience, la reconnaissance et le respect des droits du peuple Amazigh de Libye, c’est ce que nous exigeons de trouver dans la nouvelle Constitution du pays.

Par ailleurs, bien que le Congrès Mondial Amazigh se réjouisse fortement de la fin de l’ancien régime qui a tant opprimé les Amazighs, il s’interroge sur les circonstances obscures de la mort de Kadhafi et condamne toute forme d’exécution sommaire, qu’elle que soit la personne tuée. Le CMA aurait beaucoup préféré un procès au cours duquel Kadhafi aurait pu parler. Mais visiblement beaucoup de gens, en Libye comme à l’extérieur, n’avaient pas intérêt à cela.

Le CMA et les Amazighs ont toujours lutté en Libye comme ailleurs dans le nord de l’Afrique, pour des pays réellement libres, pluriels, justes et démocratiques. Ce combat-là continue.

Paris, le 24/10/2011
Le Bureau du CMA

 
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