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Yennayer Version imprimable Suggérer par mail
                                                                   Yennayer 2962 – 2012

Les territoires de Tamazgha (nord de l’Afrique) ont connu une année 2961-2011 riche en événements dont certains ont profondément bouleversé cette région. La langue amazighe a accédé au statut de langue officielle au Maroc et les peuples de Tunisie et de Libye se sont débarrassés de leurs dictatures. Nous ne pouvons que nous en réjouir même si l’arrivée des islamistes au pouvoir – qui rêvent de gouverner par la charia islamique - suscite beaucoup d’inquiétudes pour la démocratie et les libertés fondamentales.  

La situation en pays Touareg (notamment au nord-Niger et nord-Mali) reste la plus préoccupante car les populations sont exposées d’un côté à la désertification et de l’autre aux effets de la guerre que se livrent sur leurs territoires les groupes islamistes armés et les Etats de la région (Algérie, Mali, Niger soutenus par diverses puissances occidentales) pour le contrôle de l’espace et des ressources naturelles.

Le Maroc a connu de nombreuses révoltes populaires en 2011, dans les grandes villes (mouvement du 20 février) et particulièrement dans la région marginalisée du sud-est (Tinghir, Alnif, Imider, Touroug…) auxquelles les autorités ont répondu par la répression violente et les arrestations. De même, malgré les nombreux appels en faveur de leur libération, les détenus politiques Amazighs Mustafa Oussaya et Hamid Ouattouch sont arbitrairement maintenus en prison. Ainsi va le Maroc, avec sa démocratie en trompe-l’œil et ses vieux réflexes répressifs. 

Verrouillant un à un les espaces de liberté et menaçant toute organisation ou citoyen qui réclame l’instauration d’un Etat de droit, le régime algérien apparaît comme celui qui incarne le mieux la dictature, avec un caractère particulièrement archaïque et brutal. Les défenseurs des droits des Amazighs et les membres du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie subissent un harcèlement policier et judiciaire permanent.  

Dans ce contexte hostile et oppressant, les Amazighs dans les différents pays ont courageusement opté pour la lutte en faveur de l’avènement de gouvernements véritablement représentatifs et respectueux des valeurs de liberté, de démocratie et de progrès humain pour tous.  

Pour cette nouvelle année, conformément à la charte des Nations Unies qui prévoit que les peuples ont le droit à l’autodétermination, le Congrès Mondial Amazigh soutient le droit du peuple Canarien à son indépendance et recommande pour les autres Amazighs, l’instauration d’Etats fédéraux accordant une large autonomie aux régions et aux peuples. C’est l’unique voie qui permettra aux Amazighs d’accéder au développement économique et social, de préserver et de promouvoir leurs institutions, leur culture et leur langue.

Aux côtés du mouvement amazigh de tous les pays de Tamazgha, le Congrès Mondial Amazigh réitère sa revendication d’instituer Yennayer, Jour de l’An amazigh, comme journée fériée, chômée et payée. Le CMA recommande vivement aux entreprises et aux collectivités locales de l’appliquer sans attendre la décision gouvernementale. Chacun a le devoir de contribuer à la réappropriation du patrimoine culturel amazigh en faisant de Yennayer un jour de fête.

Les échanges entre les peuples du nord de l’Afrique et le développement de cette région sont largement contrariés par la fermeture de la frontière algéro-marocaine et l’exigence de visas par certains Etats. Le CMA qui rappelle que la délimitation des Etats du nord de l’Afrique est le fait du colonialisme, exige l’ouverture de la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc et l’abolition des visas. La liberté de circulation des citoyens de cette région ne doit être soumise à aucune restriction.

Imazighen, les Hommes Libres, font partie des derniers peuples opprimés dans le monde. Mais comme tous les peuples, leur destin est de vivre libres et dignes. Pour cela, il n’y a pas d’autre choix que de poursuivre l’action sans relâche pour faire reculer les injustices et obtenir la reconnaissance légale et le respect effectif de nos droits et de nos libertés.  

Beaucoup plus que par le passé, la diaspora amazighe devra être étroitement associée et impliquée dans ce combat pour le développement et la démocratisation des pays de Tamazgha. Par ailleurs, le dialogue international ne doit en aucun cas rester le monopole des Etats. Il est vital pour les peuples du sud comme ceux du nord que leurs sociétés civiles prennent toute leur place dans les relations nord-sud.

Pour porter ces ambitions fortes, le Congrès Mondial Amazigh souhaite à toutes et à tous beaucoup de conviction et d’énergie afin de faire de cette nouvelle année 2962-2012, une étape décisive sur le chemin de nos droits, de nos libertés et de notre dignité.

Aseggas ameggaz, ifulkin, yeh’lan, ighudan, icnan, yulaghen, bonne année, buen año nuevo, happy new year…  

Paris, 1 Yennayer 2962/12 janvier 2012  

Le Bureau et le Conseil Fédéral du CMA

 

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