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Revue de Presse
Libye: persécution des Amazighs Version imprimable Suggérer par mail

Libye : "Mes fils, en prison pour leur attachement à la culture berbère"

LEMONDE.FR | 18.02.11

Fathi Salem Bouzakhar enseigne l'ingénierie électronique à l'université de Syrte, sur la côte méditerranéenne libyenne. Les 14 et 16 décembre, ses deux fils aînés, deux jumeaux de 29 ans, Madghis et Mazigh, sont arrêtés par les autorités du pays. Leur crime ? S'être intéressés d'un peu trop près à la culture amazighe (berbère), réprimée en Libye. Leur père témoigne.

"En décembre, mon fils Madghis a reçu une convocation des agents de la sûreté extérieure [une des agences de renseignement libyenne]. Le motif n'était pas clair. Une fois sur place, il a été placé en détention. Deux jours après, c'était au tour de son frère jumeau, Mazigh, d'être arrêté. Les agents sont venus à notre domicile et ont saisi CD, disques durs, livres... tous les documents de la bibliothèque et de l'ordinateur familiaux.

"Ce qu'on leur reproche, c'est leur intérêt pour la culture amazighe. Notre famille est originaire de Yefran, en pleine région berbère. Avec ma femme, nous nous sommes toujours efforcés de transmettre notre culture à nos cinq enfants. Mes fils, en plus de parler le tamazight [la langue berbère], se renseignaient sur la culture berbère, par intérêt personnel. Ils consultaient des articles sur Internet, ils étaient en contact avec des universitaires à l'étranger, notamment en France et aux Etats-Unis. Ils sont membres par ailleurs du Congrès mondial amazigh.

"Mais pour les forces de l'ordre, la culture amazighe est une menace pour la sécurité du pays : le tamazight est interdit en Libye et il est impossible de trouver un livre écrit dans cette langue ou qui a trait à cette culture. Les autorités libyennes pensent que les Berbères fomentent un complot contre le régime, orchestré de l'extérieur. Mes fils sont ainsi soupçonnés d'"espionnage et de collaboration avec Israël et les sionistes". Pour justifier leurs accusations de complot international, les autorités arguent que mes fils étaient en contact avec des universités à l'étranger.

INSULTES ET TORTURE

"J'ai pu voir mes fils une première fois le 30 décembre. Ils étaient détenus par l'Agence de sûreté extérieure, mais je ne savais pas où. J'ai été conduit dans un endroit tenu secret. Puis mes fils ont été transférés dans des cellules d'isolement, et je n'ai plus eu de nouvelles. J'ai appelé l'administrateur de la Fondation internationale Kadhafi pour le développement – la fondation de Saif al-Islam, le fils du colonel –, j'ai déposé une requête auprès du procureur public.

"Le 16 janvier, j'ai reçu une lettre de la Fondation Kadhafi, adressée au président de l'Agence de sûreté, et mise en copie au procureur, disant que mes fils avaient droit à un avocat commis d'office et que j'avais le droit de les voir. J'ai pu leur rendre à nouveau visite le 24 janvier. Madghis m'a expliqué avoir été torturé en cellule d'isolement. Il a été battu à coups de bâton, insulté, on a pointé sur lui un pistolet : "Tu es un amazigh, un juif, lui a-t-on dit. On va te tuer." On lui a fait subir la falaqa [la flagellation]. Mon autre fils, lui, a été constamment insulté et humilié. J'étais très inquiet pour eux.

"Quant à l'avocat commis d'office, il n'a en fait pas eu le droit de voir mes fils, ni d'avoir accès aux pièces du dossier. Il a donc annoncé qu'il ne pouvait défendre cette affaire, et diffusé un communiqué sur Internet expliquant pourquoi il se retirait du dossier : ce texte a eu un certain retentissement.

PÉTITION

"Le 27 janvier, mes fils ont été transférés à la prison de Jdaida. Leurs conditions de détention se sont nettement améliorées : ils sont désormais regroupés dans une même cellule, où ils cohabitent avec des détenus condamnés pour trafic de drogue, qui purgent tous une peine de réclusion à perpétuité. Je me rassure en me disant qu'au moins mes fils sont ensemble, et que mieux vaut être entouré qu'isolé. Chaque jeudi, je peux leur rendre visite. Je les ai vus d'ailleurs hier matin.

"Je continue à me battre. J'ai rassemblé des habitants de Yefran pour écrire, il y a un peu plus de deux semaines, une lettre demandant la libération de mes fils et expliquant que notre culture amazighe doit être respectée. Nous avons rassemblé quatre-vingts signatures et quinze d'entre nous sommes allés porter la lettre sur le bureau du procureur.

"J'ai de nouveau écrit à Saif al-Islam Kadhafi et au président de l'Agence de sûreté extérieure. Ils nous promettent une solution, mais nous attendons toujours. J'ai toutefois espoir, après ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte, que le régime libyen soit plus regardant sur le respect des droits civils. J'espère surtout qu'à l'avenir, les cultures arabe et amazighe pourront dialoguer sereinement ensemble."

Propos recueillis par Mathilde Gérard

 

 
Algérie: Violations des libertés Version imprimable Suggérer par mail

Soulagement et satisfaction en Kabylie

24 heures après l’acquittement des huit non-jeûneurs d’Ighzer Amokrane

Plusieurs organisations et collectifs de la société civile mais aussi des citoyens anonymes ont exprimé leur soulagement et satisfaction quant à l’issue positive du procès des huit non-jeûneurs d’Ighzer Amokrane. Encore une fois, la mobilisation citoyenne a payé, les citoyens présents en masse devant l’entrée principale du tribunal correctionnel d’Akbou ont explosé de joie à l’annonce de la décision de relaxe, un ouf de soulagement ! L’acquittement des huit non-jeûneurs d’Ighzer Amokrane poursuivis pour atteinte à un précepte de l’islam prononcé hier, par le tribunal correctionnel d’Akbou est un acquis pour la liberté de culte et de conscience dans notre pays. C’est en tout cas les propos qui revenaient hier, en boucle auprès des dizaines de personnes qui se sont déplacées pour soutenir les prévenus.

Les organisations de la société civiles, des partis politiques ont également salué la décision rendue par le tribunal d’Akbou. Ainsi donc, après la satisfaction et le grand soulagement de toute la région de l’ex Michelet, voilà que Ighzer Amokrane respire à son tour après plusieurs semaines de pression et de tension nées des suites d’une affaire qui a tenue en haleine l’opinion nationale. Hier, les travées du tribunal correctionnel d’Akbou n’ont guère désempli. Une immense foule s’est massée à l’entrée, des slogans demandant le respect de la liberté de conscience et de culte ont été accrochés. La région a même abrité un colloque sur le sujet. C’est dire que la mobilisation citoyenne n’a guère faibli. De Aïn El Hammam à Ighzer Amokrane, les citoyens, les militants associatifs étaient là pour crier afin que justice soit faite dans une affaire qui n’a même pas lieu d’être. Le Congrès mondial amazigh dont le vice-président est Algérien était hier, présent sur les lieux du rassemblement de soutien aux huit prévenus, il a rendu publique une déclaration dans laquelle, il exprime son indignation "quant à la campagne d’inquisition contre des jeunes accusés d’atteinte aux préceptes de l’islam" Juridiquement, il n’y a donc aucune raison d’engager des poursuites judiciaires à l’encontre des non-jeûneurs. De plus, la Constitution algérienne prévoit dans son article 36 que "la liberté de conscience et la liberté d’opinion sont inviolables" note le Congrès mondial amazigh. Le CMA estime que le soutien de la population mais aussi l’absence de motifs légaux et légitimes de l’accusation, ont poussé le tribunal correctionnel de Aïn El Hammam et d’Ighzer Amokrane à rendre une décision en faveur des prévenus. Un jeune d’ Oum El Bouagui, a, cependant, été condamné pratiquement pour les mêmes motifs qui ont conduit à l’acquittement des dix jeunes en Kabylie. Le jeune Farés Bouchouata a été condamné à une peine de 2 ans de prison ferme et une amende de 100 000 DA d’amende. Le Congrès mondial amazigh a signifié sa désapprobation quant à une telle condamnation "le CMA exige l’abandon des poursuites judiciaires engagées contre tous les prévenus et l’annulation de la condamnation de Farés Bouchouata" lit-on dans la déclaration qui nous a été transmise.

Autre point abordé, le cas du militant du mouvement pour l’autonomie de la Kabylie  présenté devant le tribunal de Bgayet fin octobre dernier "Tahar Amichi, membre du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) a été présenté le 31 octobre 2010, devant le tribunal de Bgayet (Bgayet), pour avoir collé des affiches en faveur de son mouvement au mois d’avril 2010. Devant un dossier vide, de motifs réels et sérieux et face à une population fortement mobilisée contre les injustices, le juge a reporté l’audience à une date ultérieure mais non déterminée. Est-ce que cela signifie la fin des poursuites judiciaires ou une façon de maintenir l’épée de Damoclès au-dessus de la tête d’un citoyen ?"  S’interrogera le bureau exécutif du CMA. De son côté, le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie a salué hier, dans une déclaration rendue publique, la décision du tribunal correctionnel d’Akbou   et la mobilisation citoyenne  qui a donné lieu à "Un non-lieu vient d’être rendu par le Tribunal d’Akbou pour les 8 inculpés d’Ighzer Amokrane, arrêtés pour avoir, à l’abri des regards, pris leur casse-croûte, à midi, durant le mois de Ramadhan."  Le deuxième du genre  en quelques semaines seulement. Les membres du collectif SOS liberté et ceux de la Ligue algérienne des droits de l’Homme, ont également exprimé leur satisfaction après la relaxe dont a bénéficié les huit accusés qui pourront bien passer à autre chose, s’occuper de leur quotidien loin de toute pression, et de tout jugement. Après le procès de Aïn El Hammam et celui d’avant-hier, la Kabylie tourne enfin la page des délits de non observation du jeûne, en attendant peut-être le prochain Ramadhan.

Omar Zeghni, Dépêche de Kabylie, 10/11/2010

 
Algérie: Violation de la liberté de culte Version imprimable Suggérer par mail

Le procès des quatre chrétiens, aujourd’hui, à Larbaâ Nath Irathen

Après l’issue positive dans l’affaire des déjeûneurs de Aïn El Hammam.

Après la relaxe prononcé le 05 octobre dernier par le tribunal correctionnel de Aïn El Hammam  en faveur des deux "non-jeûneurs", la Kabylie sera, encore une fois, sous les feux de la rampe à l’occasion du déroulement du procès des quatre jeunes chrétiens accusés de "pratique et création illicite de lieu de culte". Prévu initialement pour le 08 Août, puis le 26 septembre dernier, le procès a finalement été reporté pour aujourd’hui, à la demande de la défense des quatre prévenus. Le motif de la demande a été, rappelle-t-on, l’absence de l’un des avocats du collectif constitué pour la défense des accusés.
L’affaire avait éclaté lorsqu’un groupe de citoyens du village Ath Atteli, dans la commune de Larbaâ N’Ath Irathen, sont montés au créneau pour dénoncer l’implantation d’un lieu de culte au cœur même de leur quartier. Les autorités locales ont été saisies à cet effet à travers une pétition signée par des citoyens. A partir de là, la machine judiciaire a été mise en branle, quatre jeunes issus de la région dont le propriétaire de l’habitation, transformée en lieu de culte, sont poursuivis pour pratique et création illicite d’un lieu de culte.  Le vingt six septembre dernier, il avait du beau monde devant le tribunal correctionnel à l’occasion du procès qui devait avoir lieu ce jour là. Plusieurs  organisations de la société civile ont tenu à marquer leurs présences pour soutenir les quatre accusés. On citera notamment le Congrès mondial amazigh, Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH), le collectif SOS liberté, des partis et autres mouvements politiques à l’image du MDS et du MAK. Tous étaient unanimes à dénoncer "les atteintes à la liberté de culte et de conscience garanties par la constitution algérienne". Un sit-in est également prévu pour cette matinée devant le tribunal de Larbaâ N’Ath Irathen. L’un des quatre prévenus  déclarera à la Dépêche de Kabylie, à la veille de la tenue du procès  que  la pétition n’avait pas eu l’écho escompté par ses initiateurs auprès de la population "La genèse de l’affaire remonte à la période où j’avais loué ma maison pour la communauté  chrétienne de la région, dont je fais partie, pour en faire une église. Dès lors, un groupe  a lancé une pétition contre nous. Fort heureusement leur démarche n’a récolté que 25 signatures, issues toutes d’une même famille. Pour bien expliquer cela, je dois dire que notre village compte pas moins de 6 000 âmes. Ce groupe a même été chez le P/APC pour nous dissuader d’accomplir nos rites religieux dans l’enceinte de cette maison. Le maire m’a convoqué en me demandant de mettre fin à cela. Ma réplique était responsable, car j’ai demandé au premier magistrat de la commune de saisir l’Eglise protestante d’Algérie, à laquelle nous sommes affiliés, pour avoir des explications.  Quelques temps après, la police me convoque avec mes trois autres amis. Dans les locaux de ce service de sécurité, on nous a parlé d’une commission de cultes" dira l’un des prévenus. De son coté, un membre du collectif de la défense dira à la sortie de la salle d’audience du tribunal correctionnel de Larbaâ N’Ath Irathen à propos du report du procès pour aujourd’hui "L’affaire est ajournée à notre demande afin de consulter le dossier de la défense. L’accusation portée par la justice reste une atteinte à la liberté individuelle de ces personnes. Dans ce sens, la loi se trouve en contradiction avec elle-même. D’une part, l’État algérien signe une convention, une charte internationale, relative à la liberté de culte. D’autre part, on interdit la pratique d’une religion autre, en se référant à l’article 144 bis, du code pénal, pour atteinte au précepte de l’Islam".  Après, donc,  le  procès des deux non-jeûneurs de Aïn El Hammam, l’opinion publique espère une issue positive au procès des quatre jeunes de Larbaâ N’Ath Irathen mais aussi des non jeûneurs d’Ighzer Amokrane. La population espère ainsi clore le chapitre du "déni religieux" pour se consacrer à la vie quotidienne et ses nombreux maux qui la granguène. Le tourbillon dont a été pris certaines localités de la Kabylie  dans des affaires de jeûne ou de pratique de culte illicite a donné lieu à une terrible pression "psychologique" au sein de la population du fait de l’hyper médiatisation de ces affaires. La population  est, de ce fait, lassée, de subir, à chaque fois, des événements qui bouleversent le calme dans ses régions et qui empêchent surtout les citoyens d’aborder  l’avenir sous de bons auspices, dans un climat de sérénité. Les citoyens de Kabylie, veulent clore le chapitre de la "guerre des religions" pour passer à autre chose, il serait, on ne le dira jamais assez, vraiment temps!
Omar Zeghni, La Dépêche de Kabylie, Tizi-Wezzu, 10/10/2010

 
30 sept 2008 LA DEPECHE DE KABYLIE Version imprimable Suggérer par mail
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sept 2008 LE PRESIDENT DU CMA A AMAZIGHNEWS Version imprimable Suggérer par mail

Entretien de Belkacem Lounes, Président du CMA accordé à Amazighnews

Écrit par Amazighnews    le 10/09/2008

Vous avez annoncé récemment la tenue du 5° congrès du CMA à Meknes, du 31 octobre au 2 novembre. Pouvez-vous nous dire où en sont les préparatifs?

Les préparatifs du 5° congrès du CMA ont démarré dès le lendemain de l'annonce du choix de la ville de Meknes, pour accueillir ce congrès. Rappelons que Agadir, Tanger et Marrakech étaient également candidates et que le choix de Meknes a été fait démocratiquement par le bureau, conformément aux statuts du CMA. Le comité local d'organisation coordonné par l'association Asidd de Meknes, s'active à confirmer le lieu du congrès ainsi que les lieux d'hébergement et de restauration des congressistes, des invités et de la presse. Le programme détaillé des 3 jours de ces 5èmes assises amazighes internationales sera rendu public incessamment. Du côté de la participation, en plus des associations qui ont participé au 4° congrès, nous enregistrons à l'heure actuelle, une vingtaine de nouvelles demandes d'adhésion. A noter également que pour ce 5° congrès, nous attendons pour la première fois, une très forte participation des Touaregs et des Amazighs de Libye. Nos amis étrangers (peuples amis, ONG et organisations internationales) se sont également annoncés en grand nombre.

Avez-vous les autorisations nécessaires?

Au Maroc, la loi prévoit qu'il faut seulement informer les autorités locales, au moins 48h avant l'évènement. C'est ce que l'association Asidd, en tant que coordinatrice du comité d'organisation, fera en temps voulu. Nous n'avons eu aucun problème pour organiser le 4° congrès en 2005 à Nador, je ne vois donc pas pourquoi nous aurons un problème à Meknes.

Comme vous le savez, R. Raha, votre vice-président, conteste le choix de Meknes. Que répondez-vous?


D’abord je rappelle que c'est moi qui ai proposé au congrès de Nador, la tenue du congrès suivant en Algérie et en particulier en Kabylie, proposition qui a été approuvée à l'unanimité. Si on était dans des Etats démocratiques, il serait tout à fait naturel que les pays de Tamazgha accueillent à tour de rôle les congrès des imazighen, mais la vérité c'est qu'aujourd'hui cette possibilité n'existe qu'au Maroc. Pour autant, nous avons tout fait pour rendre possible ce congrès en Kabylie: nous avons entrepris les premières démarches au mois d'août 2007, en sollicitant d'abord des responsables administratifs et politiques Kabyles. Nous nous sommes rapidement rendus compte que le seul obstacle, c'était l'administration algérienne qui exige une autorisation, même si la loi ne prévoit pas cela. Mais l'administration (la Wilaya) s'appuie sur l'état d'urgence en vigueur en Algérie depuis 1992, pour prendre des mesures exceptionnelles et extralégales dans le seul but d’interdire la libre expression des citoyens. Aucun propriétaire ou gestionnaire de salle, quelle que soit sa taille, n'a le droit de louer son  local à un citoyen et à fortiori à une association, s'ils ne sont pas munis d'une autorisation de l'administration. Celle-ci est donc dans tous les cas, incontournable. C'est ce qui a obligé des membres du CMA en Kabylie, à introduire deux demandes d'autorisation du congrès du CMA, l'une à la Wilaya de Tizi-Wezzu, en janvier 2008 et l'autre à celle de Vgayet, en février 2008. Jusqu'en juin, les deux wilayas n'ont pas daigné répondre. Nous avons alors essayé de faire intervenir des élus locaux (les Présidents des Assemblées Populaires des Wilayas de Tizi et de Vgayet) et nationaux (députés) mais sans résultat. Il ne restait plus que l'action en justice pour au moins contraindre l'administration à répondre. Le CMA a donc assigné la Wilaya de Tizi-Wezzu devant le tribunal administratif mais après deux mois de procédure, le juge a décidé le 3 août 2008 qu'il était incompétent pour juger cette affaire. Il fallait donc saisir une autre juridiction nécessitant d'autres procédures et d'autres longs délais, mais sans aucune garantie de résultat, surtout que la justice algérienne est aux ordres du pouvoir algérien. C'est donc après avoir épuisé toutes les possibilités en Kabylie que nous nous sommes tournés vers la solution d'organiser le congrès au Maroc.

Pourtant, vous avez annoncé lors d'un point de presse à Béjaia que le congrès aura lieu en Kabylie avec ou sans autorisation.

Oui, je l'ai dit car pour moi, nous n'avons pas besoin d'autorisation pour nous réunir chez nous. De plus, la loi ne prévoit même pas une telle autorisation. Mais pour réunir 500 personnes, il faut au moins un lieu adéquat et c'est justement celui-ci qui fait défaut. Lorsque Rachid Raha parle de Tawrirt Moussa et de la maison de Matoub Lounès, d'une part il parle de choses qu'il ne connait pas et d'autre part, il tente d'instrumentaliser le prestigieux nom de Matoub pour impressionner les militants. Ce qui est une évidence, c'est que ni la maison de Lounes Matoub, ni le village de Tawrirt Moussa perché dans la montagne kabyle, ne peuvent accueillir un congrès de la dimension de celui du CMA. Les vrais questions que Rachid Raha, révolutionnaire de la 25ème heure, ne veut pas se poser c'est, pourquoi les maisons de la culture de Tizi et de Vgayet sont-elles fermées aux Amazighs? pourquoi même les salles privées sont interdites aux Amazighs? pourquoi les Amazighs doivent-ils toujours reculer plus loin dans les montagnes et les déserts? De plus, il faut reconnaitre qu'aujourd'hui la Kabylie est devenue un territoire occupé, quadrillé par l'armée et tous types de services de sécurité de l'Etat et infestée par les islamistes. L'insécurité est une réalité palpable en Kabylie plus qu'ailleurs en Algérie et on ne sait même pas d'où peuvent venir les coups. Et les récents attentats spectaculaires comme ceux de Boumerdès, de Tizi ou de Tubirett (Bouira), ne sont que la partie visible de l'iceberg terroriste. Dans ces conditions, je ne peux, en mon âme et conscience, ni emmener nos frères et nos amis étrangers à l'aventure, ni les exposer de manière inconsidérée à de tels risques. Aujourd'hui il en est ainsi, mais je suis persuadé que demain, la Kabylie se reprendra, organisera sa défense et vaincra.

On vous reproche aussi de vouloir rester à la tête du CMA. Etes-vous candidat pour un 3ème mandat?

Vouloir rester à la tête du CMA, c'est mon droit et ma liberté, à partir du moment où je le fais démocratiquement. Aujourd'hui, les statuts du CMA ne m'interdisent pas de me représenter une 3ème fois et le dernier mot reviendra à l'assemblée générale. Notre organisation pratique la démocratie et les élections de nos instances dirigeantes sont libres et transparentes, ce qui n'a rien à voir avec les régimes arabes dictatoriaux qui maintiennent leurs chefs par la force ou en bricolant des Constitutions sur mesure. Au CMA, il n'y a ni argent, ni pouvoir ni privilèges. Il n'y a qu’une somme considérable d’efforts à consentir dans des contextes toujours hostiles. Ce qui m'importe le plus, c'est la cause du peuple amazigh ainsi que le CMA, comme un des instruments au service de cette cause. Etre président du CMA nécessite de vrais sacrifices que chaque candidat doit connaitre au préalable et assumer. S'il y a des candidat(e)s susceptibles de porter notre combat pour l'amazighité, la liberté et la dignité plus fort, plus haut et plus loin, ils peuvent compter sur mon aide et mon soutien. Sinon, ni le peuple ni le CMA n'ont besoin de personnes à la recherche de la satisfaction d'ambitions personnelles ou autres. Nous n'avons pas le droit de nous tromper dans nos choix fondamentaux et pour cela, la vigilance s'impose à tout instant.

Comment expliquez vous la dissidence de Raha?


Je constate qu’à la veille de chaque congrès il se produit des agitations qui visent à destabiliser notre organisation ou pour le moins à tenter de semer la confusion et la division. Cette fois-ci c’est Raha qui se fait l’instrument conscient ou inconscient de ce jeu politicien. Le texte qu’il a diffusé sur internet est fait d’interprétations personnelle des textes et des décisions des instances du CMA, ajoutées à des mensonges et même des insultes. Cela est indigne de celui qui se prétend militant amazigh. L’ambition affichée de Raha est de revenir à la tête du CMA, ce qui est son droit, mais au lieu de le faire proprement et démocratiquement en se présentant à la prochaine assemblée générale, il préfère le coup de force et la fuite en avant. Il prône la démocratie mais refuse le verdict des urnes de notre assemblée. Curieuse conception de la démocratie. La réalité est que Raha est le seul membre du bureau à vouloir imposer ses choix personnels. Comment peut-il prétendre diriger une organisation internationale comme le CMA s’il n’est même pas capable de respecter les décisions prises démocratiquement ? En fait, il semblerait que Raha ait opté pour Tizi-Wezzu uniquement parce qu’il pense se faire élire plus facilement en Algérie où il est moins connu et où il croit pouvoir séduire notamment les Kabyles grâce à un discours agressif de circonstance. Les Amazighs d’Algérie qui connaissent mieux que quiconque leur réalité locale ne sont pas dupes. Ils savent que notre démarche est sincère et c’est la raison pour laquelle aucune association à ce jour n’a manifesté son intention de ne pas se rendre au congrès de Meknes. Au contraire, le CMA reçoit de très nombreuses demandes d’informations sur les modalités de participation et enregistre chaque jour des confirmations. Le seul frein à la participation des Amazighs d’Algérie, c’est la fermeture de la frontière terrestre algéro-marocaine, ce qui oblige les congressistes à emprunter la voie des airs à un coût très élevé.

Un dernier mot?


Les congrès du CMA sont toujours des événements déterminants pour imazighen et doivent servir de tremplin pour d’autres avancées en faveur des droits du peuple Amazigh. Au moment où nous faisons face à un grand nombre de menaces et de défis (interdits, exclusion, discriminations, menaces, répression, etc), j’appelle à l’unité des rangs et à la mobilisation générale pour faire de ces 5° assises amazighes de Meknes, un moment fort et une nouvelle étape importante sur le chemin de notre liberté et de tous nos droits. Et je vous remercie...


 
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