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CONFERENCE DE PRESSE SUR LE SORT ACTUEL DES POPULATIONS AMAZIGHES EN LIBYE
Les Présidents de l'APMM (Association des Populations des Montagnes du Monde), Jean LASSALLE, et du CMA (Congrès Mondial Amazigh), Belkacem LOUNES, vous convient à une CONFERENCE DE PRESSE, à l'Assemblée Nationale (Palais Bourbon, 126, rue de l'Université Paris 7ème – 5ème bureau), MARDI 31 MAI 2011, A 11h30
Le Congrès mondial amazigh (CMA) et l'Association des Populations des Montagnes du Monde (APMM) oeuvrent conjointement pour la défense et la promotion des droits et intérêts politiques, économiques, sociaux, culturels et linguistiques des peuples autochtones dont font partie les Amazighs. Leur sort est partagé par de nombreuses communautés de montagnes. Leur défense fait partie des priorités de l'APMM qui lutte contre leur exclusion et soutient leurs revendications (cf. in fine extrait du Manifeste d'Oloron adopté par les populations de montagnes le 1er octobre 2010).
Avec la guerre en Libye et les exactions de Kadhafi envers les Amazighs, les populations civiles traversent une crise sans précédent qui nécessite une intervention urgente de la communauté internationale. De retour d'une mission dans le sud tunisien (Djerba, Tataouine, Douiret, Remada), les représentants du CMA et de l'APMM souhaitent témoigner de la situation des réfugiés libyens originaires du massif montagneux de Nefussa qui longe la frontière tuniso-libyenne et de la forte solidarité des populations locales malgré les conditions critiques dans lesquelles elles accueillent ces réfugiés. Ces montagnards des deux côtés de la frontière appartiennent à la communauté Amazigh, opprimée par les régimes de Ben Ali hier et de Kadhafi aujourd'hui.
Au Xème Forum Permanent des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, qui vient de se tenir à New York (16-27 mai 2011), le CMA et l'APMM ont lancé un appel à la communauté internationale (*) pour que soient respectés les droits du peuple Amazigh, conformément à la Déclaration sur les droits des peuples autochtones de 2007 (†), et attiré son attention sur les conséquences humanitaires de la cruelle guerre infligée actuellement par le régime de Kadhafi aux populations civiles de Libye, qui nécessitent une intervention d'urgence.
Extrait du Manifeste d'Oloron, adopté le 1er octobre 2010 par les populations de montagnes (http://mountainpeople.org/OLORON%202010/documents/MANIFESTEOLORON2010_001.pdf) : "Nous, montagnards du monde, sommes solidaires de tous ceux d'entre nous, hommes, femmes et enfants, qui sont outragés, victimes de différentes formes de violences, répressions racistes, guerres civiles... Ils sont aussi victimes de la marginalisation culturelle et politique, du pillage des ressources. Nous dénonçons les fausses accusations criminelles portées contre les peuples autochtones parmi lesquels le peuple Amazigh et en particulier les Touaregs, les Mapuches, les communautés autochtones de l'Himalaya. Il faut que cesse cette répression qui nie les cultures et les langues de ces populations, et les prive de leurs droits et biens communs. Dans ces Etats, nous demandons l'application de la Déclaration des Droits des Peuples Autochtones adoptée par l'ONU en 2007. Les peuples originaires des montagnes, leur autonomie, leurs identités, leurs territoires sont une richesse pour le monde ; leur destruction est un crime contre l'Humanité. Leur patrimoine historique, leurs langues et cultures doivent être reconnus, préservés et enseignés. Nous demandons à la communauté internationale de protéger ces peuples parmi les plus menacés au monde."
APMM: email :
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– Web : www.mountainpeople.org CMA: email:
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– Web : www.congres-mondial-amazigh.org
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X° session du Forum Permanent des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones New York, 16-27 mai 2011
Intervention de Belkacem Lounes Président du Congrès Mondial Amazigh
Mme la Présidente, Mmes, Mrs les représentants des peuples autochtones Mmes, Mrs les Rapporteurs Spéciaux des nations Unies Mmes, Mrs les représentants des organes des nations Unies Mmes, Mrs les représentants des Etats et des OIG Mmes, Mrs les représentants des ONG Mmes, Mrs
Notre participation cette année à cette session, revêt un caractère bien spécial car notre peuple, le peuple Amazigh, peuple autochtone du nord de l’Afrique, que nous appelons Tamazgha, traverse en ce moment, une période cruciale de son existence. Conséquence de la colonisation, notre pays est découpé par les frontières de 10 Etats, qui ont tous la même politique envers les Amazighs : négation, occultation, marginalisation, répression. Depuis quelques mois, certains de ces pays, comme la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Libye, connaissent des soulèvements populaires contre les systèmes anti-démocratiques qui sévissent depuis des décennies dans ces pays et que les Amazighs n’ont jamais cessé de dénoncer et de combattre. Par conséquent, c’est naturellement et avec enthousiasme que les Amazighs participent très activement aux protestations populaires en cours, afin de mettre fin au règne des régimes despotiques et tyranniques et instaurer des Etats de droit et la démocratie.
Il va sans dire, mais cela vaut mieux en le disant, que les démocraties à venir devront nécessairement réparer les injustices que les Amazighs ont subies depuis des siècles et qu’ils continuent de subir individuellement et collectivement. Les nouveaux gouvernements devront reconnaître et respecter tous les droits du peuple Amazigh, conformément aux normes internationales et en particulier à la Déclaration sur les droits des peuples autochtones. Les révolutions dans le nord de l’Afrique doivent déboucher sur une rupture radicale avec le passé, ce qui implique l’arrêt immédiat de toutes les discriminations anti-Amazighs et la reconnaissance du caractère pluriel des pays et le respect de toutes ses composantes. Sans cela, il ne peut y avoir ni progrès ni paix durable.
Mme la Présidente, honorables membres de cette assemblée, je voudrais profiter de cette prise de parole pour attirer votre attention sur les conséquences dramatiques de la cruelle guerre infligée actuellement par le régime de Kadhafi aux populations de Libye. Il utilise depuis plusieurs mois, des armements lourds, avec des chars, des hélicoptères et des missiles Grad, pour bombarder de manière intensive les villes et les villages, tuant et blessant des innocents par milliers et détruisant les maisons et les infrastructures économiques et sociales dont des hôpitaux. Dans certaines régions, comme à l’ouest du pays habité majoritairement par les Amazighs, les troupes de Kadhafi, composées en partie de mercenaires, occupent les routes et empêchent ainsi le ravitaillement des populations en vivres et en médicaments et interdisent l’évacuation des blessés. Des gens meurent faute de soins. Devant la menace et la terreur, des dizaines de milliers de familles ont fui vers les pays voisins de l’est, du sud et de l’ouest. Les Touaregs de Libye ont essayé de rejoindre leurs frères du sud de l’Algérie qui est un territoire traditionnel Touareg, mais le gouvernement algérien a fermé les frontières sud du pays, en violation flagrante du droit international et des principes humanitaires. La semaine dernière, notre organisation et l’Association des Populations des Montagnes du Monde (APMM), ont rendu visite à différents sites de réfugiés libyens dans le sud de la Tunisie. Ils sont environ 50000, majoritairement des Amazighs, accueillis par les Tunisiens qui sont aussi des Amazighs dans cette région frontalière avec la Libye. Une grande part des réfugiés sont hébergés par les habitants et les autres dans des camps du HCR. Tous se sont sauvés précipitamment abandonnant leurs maisons, leurs champs et leur bétail. Ils ont besoin de secours d’urgence mais surtout ils demandent à la communauté internationale de les débarrasser de Kadhafi au plus vite afin que la guerre s’arrête et qu’ils puissent rentrer chez eux.
Mme la Présidente, permettez moi à présent de m’adresser particulièrement aux représentants des Etats et des peuples d’Amérique Latine. Tout le monde sait que Kadhafi a aidé beaucoup de mouvements de libération dans le monde et en particulier en Amérique Latine, qu’il lui arrive de tenir des discours enflammés et séduisants contre le colonialisme et l’impérialisme et pour l’émancipation des peuples. Il peut par conséquent susciter une certaine sympathie. Mais cela n’est qu’une façade destinée à leurrer l’opinion publique internationale et à se donner une image de défenseur des opprimés, ce qui soigne son ego personnel. Pour son peuple en revanche, la réalité est bien amère et cruelle car Kadhafi a laissé les siens dans la misère et les a privés de la moindre des libertés. Il n’admet aucune autre voix que la sienne et menace et réprime violemment tous ceux qui ne l’applaudissent pas. Avec lui, c’est se taire ou quitter le pays sans retour, sinon c’est la prison ou la mort. Le peuple autochtone Amazigh est particulièrement visé car Kadhafi ne conçoit pas que l’on puisse être libyen mais pas Arabe comme lui. Il a jeté en prison et torturé des personnes dont le seul tort est de chanter en amazigh ou de détenir un livre sur la culture amazighe et toute personne qui se déclare Amazigh est traitée de traître à la nation.
On peut penser ce que l’on veut des objectifs réels de l’Otan qui bombarde Kadhafi et son clan, mais rien ne peut justifier que l’on puisse soutenir cet homme qui utilise des civils comme boucliers humains pour se protéger lui et sa famille et protéger ses stocks d’armes. Dans cette guerre, Kadhafi est d’abord opposé à son peuple. Chaque jour supplémentaire qu’il passe en Libye est un jour de trop qui apporte son lot de sang, de pleurs et de malheurs.
Mme la Présidente du Forum Permanent, Mmes, Mrs les représentants des Etats démocratiques, Chers autochtones, je vous lance à tous cet appel pressant pour agir chacun à sa façon mais vite, pour accélérer la chute du régime de Kadhafi afin que cessent les souffrances des innocents. Les peuples de Libye vous le demandent instamment et vous en seront éternellement reconnaissants.
Je vous remercie beaucoup pour votre écoute.
New-York, 19 mai 2011
Belkacem Lounes Président du Congrès Mondial Amazigh
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Lettre ouverte Général Ali Kenna Commandant de la Région militaire sud Libye Sebha, Libye
Général Ali Kenna,
Comme vous le savez, depuis le mois de février dernier, le peuple libyen s’est soulevé contre le régime dictatorial de Muammar Kadhafi. Fidèle à ses méthodes de répression violente, ce dernier mène une guerre sauvage contre les populations civiles, avec usage de l’armement lourd contre les villes et villages de toutes les régions du pays. Les bombardements aveugles des forces de Kadhafi ont déjà fait des milliers de morts, de blessés, d’exilés et causé de très nombreuses destructions. Il ne s’agit pas d’un conflit entre deux forces armées mais de lâches attaques contre des innocents dont les auteurs devront un jour ou l’autre rendre des comptes devant les juridictions compétentes.
Général Ali Kenna, Alors que de très nombreux soldats de l’armée libyenne de tous grades, ont déjà rejoint la résistance populaire contre le régime criminel de Kadhafi, nous ne savons pas à l’heure qu’il est, votre position. Ces derniers temps, des bruits courent avec insistance sur le fait que vous auriez engagé vos troupes aux côtés de ce qui reste de l’armée de Kadhafi. Pour l’instant, nous ne donnons aucun crédit à ces rumeurs qui vous accusent, mais pour y mettre fin, nous vous demandons instamment de déclarer publiquement que vous êtes du côté des forces libyennes libres.
Général Ali Kenna, Vous êtes un Touareg, un Amazigh, c'est-à-dire un homme libre. Nous sommes par conséquent persuadés que vous ne pouvez cautionner la tyrannie sanguinaire de Kadhafi et encore moins vous ranger à ses côtés. Kadhafi et son clan font partie du passé et sont déjà condamnés par les hommes et par l’histoire et si la mort les épargne, la Cour Pénale Internationale les attend.
Général, nous vous attendons, vous-même et vos soldats, résolument aux côtés du peuple afin de mettre fin le plus vite possible, aux souffrances des innocents et à la destruction du pays. Soyez au rendez-vous de l’histoire, maintenant !
Cette lettre traduite en plusieurs langues, vous sera transmise par tous les canaux possibles.
Le Congrès Mondial Amazigh est une ONG internationale de défense des droits du peuple Amazigh.
Djerba, 26/04/2961 - 8/05/2011
Belkacem LOUNES Président du Congrès Mondial Amazigh
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Rapport conjoint du Congrès Mondial Amazigh (CMA) et de l’Association des Populations des Montagnes du Monde (APMM) sur la guerre menée par les forces fidèles à Kadhafi contre les populations des régions de l’ouest de la Libye et ses conséquences
Une délégation composée de Belkacem Lounes, Hocine Azem, Mohand Wamar Hachim et Aissa Sijuk pour le CMA et Jean Bourliaud pour l’APMM, a effectué du 5 au 9 mai 2011, une visite dans les régions sud de la Tunisie. L’objet de cette visite était double : D’une part exprimer la solidarité des Amazighs et des montagnards du monde avec leurs frères en lutte dans les régions de l’ouest de la Libye et avec tous les réfugiés libyens en Tunisie et d’autre part, rédiger un rapport circonstancié sur la situation dans la zone des combats et les conditions de vie des réfugiés dans le sud de la Tunisie. Les informations concernant la situation dans les zones des combats dans l’ouest de la Libye ont été recueillies auprès de témoins, civils et combattants ayant quitté très récemment ces zones et rencontrés côté tunisien. Quant à la situation des réfugiés, elle a été constatée directement par des visites effectuées auprès des populations accueillies dans différents sites.
La guerre contre les populations civiles
D’après les témoignages reçus concernant la zone ouest de la Libye, certaines localités telle que Zwara est sous le contrôle des troupes de Kadhafi. Dans cette ville, une partie de la population, notamment les jeunes hommes, ont fui vers la Tunisie voisine, notamment par la voie maritime. Les forces de Kadhafi violent les domiciles et procèdent à des arrestations arbitraires d’hommes et femmes afin d’intimider la population mais aussi pour se servir des personnes arrêtées comme boucliers humains pour protéger leurs installations militaires et stratégiques contre les éventuelles frappes de l’Otan. Dans le massif montagneux de Nefussa qui longe la frontière tuniso-libyenne du nord au sud, les localités de Yefren, El-Qalaa, Jadu, Zentan, Nalut, Wazin…sont actuellement sous le contrôle des insurgés mais elles sont assiégées par les troupes de Kadhafi qui ont installé leurs bases armées tout autour. De même, les axes routiers reliant les localités entre elles et vers la plaine sont également entre les mains des soldats et des mercenaires à la solde de Kadhafi. D’après les témoins entendus, l’électricité est coupée depuis 3 mois ainsi que l’eau courante et il y a un manque crucial de vivres et de médicaments. Les pièces d’artillerie lourde ainsi que des hélicoptères de combat de l’armée de Kadhafi pilonnent sans cesses les villes et villages, à l’aveugle, tuant en moyenne au mois 5 personnes par jour, blessant des dizaines d’autres et détruisant les habitations, les écoles et les infrastructures notamment sanitaires. En conséquence, les personnes blessées ne peuvent être ni soignées sur place ni évacuées. Les victimes les plus gravement atteintes décèdent donc faute de soins. Plusieurs témoins ont fait état de plusieurs dizaines de véhicules tout terrain venus d’Algérie pour prêter main forte aux forces fidèles à Kadhafi. On nous a également signalé le fait que le dispositif militaire d’attaque mis en place par les soldats de Kadhafi n’a jamais été inquiété par les avions de l’Otan jusqu’à présent alors qu’il semble être très facilement repérable. Les insurgés réclament instamment l’intervention urgente des forces de l’Otan pour la protection des populations civiles comme le stipule la résolution 1973 de l’ONU, en détruisant les postes des troupes de Kadhafi autour des localités assiégées. Si les frappes de l’Otan n’interviennent pas très vite, l’étau qui enserre les villes et villages risque de les étouffer jusqu’à leur mort.
La situation des réfugiés
La délégation du CMA/APMM a rendu visite aux réfugiés libyens installés à Djerba, Tettawin (Tataouine), Douiret et a visité le camp de réfugiés libyens de Remada, proche de la frontière libyenne. D’après les coordinateurs de l’accueil des réfugiés, leur nombre dans cette région dépasserait les 50000 personnes, dont la très grande majorité sont des femmes, des enfants et des personnes âgées. Ce chiffre correspond à peu de choses près avec celui fourni par le HCR. Si les camps de réfugiés mis en place par le HCR sont présents à proximité de la frontière de l’extrême sud (Remada, Dehiba), le premier constat à faire est de confirmer que l’afflux des réfugiés libyens en Tunisie n’est pas visible car environ 80% d’entre eux sont hébergés chez les habitants tunisiens ou occupent les infrastructures socioculturelles de l’Etat (Maisons de jeunes, centres de vacances, immeubles publics divers). De l’avis des personnes interrogées, les conditions matérielles de logement sont satisfaisantes et tous rendent hommage au sens de l’hospitalité et à la générosité spontanée des tunisiens. Il faut remarquer que les populations des deux côtés de la frontière tuniso-libyenne sont des Amazighs (Berbères) qui partagent la même langue et culture. Ce facteur a facilité l’« intégration » des réfugiés qui sont d’ailleurs qualifiés par les tunisiens d’« invités ». Il a également favorisé les contacts et initiatives spontanés sans recours aux autorités surtout dans le contexte actuel du pays. Cette guerre a ainsi eu pour effet de faire découvrir aux habitants de ces territoires leur identité amazighe commune, objet de négation et d’occultation de la part des régimes arabonationalistes de Ben Ali et de Kadhafi.
Nous avons rendu visite au camp de réfugiés de Remada, situé à une quarantaine de kilomètres de la frontière libyenne. Ce camp regroupe un millier de personnes et est constitué de tentes fournies par le HCR, de quelques sanitaires en préfabriqué, d’un point d’eau et d’un hangar de stockage des denrées. Le site est fermé et on y accède par un portail contrôlé par des soldats de l’armée tunisienne. Les hommes et les femmes interrogés se sont plaints du manque d’hygiène et de l’insuffisance des rations alimentaires. Alors que l’on est au printemps et que les températures ne sont pas très élevées, il fait déjà très chaud sous les tentes. Cela risque d’être insupportable au plus fort de l’été. Les personnes ont surtout exprimé leurs inquiétudes et leur douleur d’avoir été obligées de quitter leurs maisons, leurs champs, leurs animaux pour sauver leur vie. Les familles ont également très peur pour leurs maris, fils, frère, cousin, amis qui sont restés ou retournés en Libye pour prendre part aux combats contre les hommes de Kadhafi. Ils sont en permanence à l’écoute des informations en provenance du front en espérant ne pas recevoir de mauvaise nouvelle. Cela génère une grande anxiété que vivent même les enfants. Finalement, au-delà des contraintes matérielles liées à la précarité de la situation de réfugiés, les personnes, surtout les enfants, connaissent des problèmes de nature psychologique (troubles du sommeil notamment). En tout état de cause, les libyens réfugiés en Tunisie ont fortement insisté sur le fait que la seule manière de mettre fin à leur calvaire, c’est de se débarrasser de Kadhafi, par tous les moyens, le plus vite possible, ce qui leur permettrait de rentrer chez eux et de reprendre une vie normale. A noter également l’absence d’ONG occidentales dans cette région. D’après nos interlocuteurs, les secours proviennent du Croissant Rouge Tunisien et de deux pays arabes du Moyen Orient.
Qu’ils soient hébergés dans des bâtiments en dur ou sous des tentes, les libyens en Tunisie ont tous tenu à exprimer leurs chaleureux remerciements à leurs frères tunisiens qui les ont accueillis et qui les aident dans leur vie quotidienne.
A ce propos, il nous semble très important de signaler que si la solidarité des tunisiens a été aussi spontanée et généreuse, celle-ci risque de s’épuiser si l’installation des réfugiés libyens devait durer. Cela risque de peser suffisamment lourd jusqu’à ne plus être supportable par les hôtes tunisiens. D’où la nécessité de renforcer l’aide humanitaire en faveur des réfugiés mais aussi des familles tunisiennes qui les accueillent. Dans tous les cas, il est urgent de mobiliser tous les acteurs et tous les moyens économiques, diplomatiques et militaires afin que le provisoire ne dure pas et que la guerre se termine vite.
B. Lounes, J. Bourliaud, mai 2011 TÉMOIGNAGES DE RÉFUGIÉS LIBYENS DANS LE SUD TUNISIEN 1- Tettawin (Tataouine) : Salem était architecte dans la ville de Jadu en Libye. Il y a quelques semaines, constatant les difficultés grandissantes de la vie quotidienne et les menaces des exactions des troupes de Kadhafi, il a décidé de passer en Tunisie lui et sa famille. Il est parti en voiture le 7 avril avec sa femme, ses 3 jeunes enfants et une personne âgée à plusieurs reprises emprisonnée par Kadhafi pour avoir affirmé publiquement son identité amazighe. La traversée de la frontière entre Nahut et Dehida fut périlleuse, ce dernier point de passage important étant l’objet de violents combats de la part des forces de Kadhafi pour en garder le contrôle au prix même de bombardements et incursions sur le territoire tunisien. Ils sont donc passés regroupés en convoi avec d’autres, par des pistes de montagne mais ont été attaqué par les forces de Kadhafi. Heureusement, la présence à ce moment là, des insurgés leur a permis de couvrir le passage des véhicules qui sans leur action auraient été détruits. Ils ont pu ainsi parvenir en territoire tunisien où ils ont été recueillis dans un camp de réfugiés du HCR. Interviewés dans ce camp par une chaîne de TV, leur ami a été reconnu par un habitant de Djerba, amazigh lui aussi, qui les a invités à venir habiter une maison disponible… 2- Djerba : le taxi « Non moi, je n’ai accueilli personne mais quand je vois un libyen sur le bord de la route, je le prends en taxi sans le faire payer. C’est ma façon à moi de les aider, de manifester mon appui. Les initiatives viennent des gens, pas des autorités. Les gens vont sur internet et voient les offres et se mettent d’accord entre eux pour que les réfugiés viennent chez eux ». 3- Djerba : marchand du souk : « Les réfugiés, nous les avons accueillis dès les premiers jours, à commencer par ceux qui étaient les étrangers présents en Libye. Car si les japonais pouvaient se payer l’hôtel, ce n’était pas le cas des autres. Nous nous sommes réunis entre nous dans mon village et nous avons accueillis ceux qui restaient sans lieu d’accueil. Tout se passe sans l’intervention des autorités de l’Etat. Vous connaissez le 26/26 ?? c’était la journée instaurée par Ben Ali de la solidarité nationale. On donnait pour les œuvres au bénéfice des déshérités. C’était évidemment obligatoire ; mais on s’est aperçu avec sa chute, que l’essentiel de ce qui était recueilli alimentait sa propre fortune ! Alors on a décidé de s’organiser par nous mêmes dans notre village. On fait ce que l’on doit faire. C’est comme ça, on accueille les gens chez nous ».
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Visite d’une délégation du CMA et de l’APMM dans le sud de la Tunisie
Une délégation conjointe du Congrès Mondial Amazigh (CMA) représenté par Belkacem Lounes, Hocine Azem, Mohand Wamar Hachim, Aissa Sijuk et de l’Association des Populations des Montagnes du Monde (APMM), représentée par son Vice-Président Jean Bourliaud, a effectué du 5 au 9 mai 2011, une visite dans le sud de la Tunisie afin d’exprimer la solidarité des Amazighs et des montagnards du monde avec leurs frères de Libye et pour établir un rapport concernant la situation des réfugiés libyens dans le sud tunisien. La délégation a été accueillie avec joie et enthousiasme dans toute cette région de Djerba à Remada en passant par Tettawin (Tataouine), Douiret et autres localités. Les gens étaient heureux qu’on ait pensé à eux dans ces moments de désarroi et de détresse matérielle et morale. Les Tunisiens ont été très généreux en offrant leurs maisons et leur aide aux réfugiés libyens qu'ils n'appellent pas "réfugiés" mais "invités". A noter que les choses sont facilitées par le fait que les Amazighs libyens et ceux du sud tunisien parlent exactement la même langue. Les membres du CMA et de l’APMM ont rencontré et discuté avec beaucoup de réfugiés Amazighs libyens qui sont éparpillés dans le grand sud de la Tunisie et visité des camps notamment à Tettawin et à Remada. La délégation a eu également à rencontrer notamment Fethi Bouzakhar le père de Mazigh et Madghis emprisonnés par Kadhafi ainsi Abdellah Ashini, le chanteur Amazigh qui a passé 20 mois de prison et qui ont été libérés récemment. Khadija Ben Saidane, Présidente de l’association des Amazighs de Tunisie ainsi que les membres de cette association ont beaucoup aidé et accompagné la délégation pendant tout son séjour en Tunisie. Qu’ils en soient très vivement remerciés. Un rapport complet de la visite va être rédigé conjointement par le CMA et l’APMM et plusieurs initiatives seront prises très prochainement pour tenter de susciter un élan fort de solidarité avec les habitants de l’ouest de la Libye, notamment les régions de Zwara et Adrar Nefussa, peuplées très majoritairement d’Amazighs et qui n'ont pas bénéficié jusqu'à présent du même intérêt des médias et de la communauté intenationale que les régions de l'est . P/la délégation B. Lounes 9/05/2011
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