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Mali : Pour un règlement définitif du conflit dans l’Azawad Le nord-Mali connait depuis quelques jours un regain de tension entre l’armée régulière malienne et les combattants du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA). Le Congrès Mondial Amazigh (CMA) déplore et condamne l’usage des armes comme moyen de règlement des conflits politiques et s’inquiète fortement des conséquences de l’escalade militaire sur les habitants de la région. Le CMA met particulièrement en garde l’armée malienne contre toute tentation de s’en prendre aux populations civiles déjà fortement éprouvées par la dégradation des conditions de vie dans ces territoires arides. Il est important de rappeler que cette nouvelle révolte des Touaregs menée cette fois-ci par le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) était prévisible tant elle a été précédée par un grand nombre d’initiatives pacifiques et d’appels au dialogue adressés par les représentants Touaregs au gouvernement malien mais qui sont restées sans réponse. Il est regrettable que l’Etat choisisse aujourd’hui la méthode de la répression. En octobre 2010, la jeunesse des territoires de l’Azawad s’était réunie à Tombouctou et a fondé le Mouvement National de l’Azawad (MNA) qui a opté pour «la voie de l’action politique et légale pour recouvrer les droits du peuple autochtone vivant sur cette partie du territoire» et qui «rejette et condamne la violence et le terrorisme sous toutes leurs formes». Dans sa première déclaration datée du 1er novembre 2010, le MNA invitait «l’Etat malien à une reconnaissance de ce mouvement qui propose des solutions pour une résolution pacifique et définitive des questions relatives aux populations de l’Azawad». Mais au lieu de chercher à nouer le dialogue, le gouvernement malien a opté pour la manière forte en arrêtant Moussa Ag Acharatouman et Boubacar Ag Fadil, considérés comme les principaux responsables de cette initiative. Les deux jeunes Touaregs ont passé 15 jours en détention dans les locaux de la police à Bamako où ils ont subi des interrogatoires et la torture. D’une manière générale, cela fait plus de deux décennies que les Touaregs de l’Azawad (territoire du nord-Mali qui regroupe les régions administratives de Tombouctou, Gao et Kidal) dénoncent leur marginalisation politique, socioéconomique et culturelle et réclament le droit à la reconnaissance et à la dignité pour les personnes et pour le peuple de ce territoire. Face aux revendications légitimes des représentants des populations, l’Etat a toujours répondu par des manipulations (création de milices civiles, incitation à la haine raciale) et par l’envoi de renforts militaires dans les territoires de l’Azawad. Tout le monde se souvient encore du massacre par l’armée malienne de 10000 personnes parmi les populations civiles de l’Azawad au début des années 1990. C’est ce qui a provoqué l’exaspération des Touaregs et leurs rébellions armées notamment au cours des deux dernières décennies. Celles-ci se sont terminées par des négociations, puis des accords de paix signés en 1992, puis en 2006. Ces accords comprenaient à chaque fois un volet sécuritaire qui consiste à désarmer les combattants et à les intégrer dans les différents corps de sécurité de l’Etat, des réformes institutionnelles qui devaient aboutir à un statut d’autonomie pour cette région et un programme de rattrapage économique. Tous les observateurs s’accordent sur le fait que seul le volet sécuritaire a intéressé les autorités maliennes. Le projet d’autonomie a été abandonné à la demande de l’Etat algérien qui souhaite éviter «l’effet contagion» sur ses propres territoires (le Sahara et la Kabylie particulièrement). Quant à l’aspect économique et social, Ibrahim Ag Mohammed Assaleh, député de Bourem, le résume ainsi : «au cours des vingt dernières années, le Nord-Mali a été doté par les bailleurs de fonds internationaux de plusieurs milliards de Francs CFA qui ont été versés à l’Etat pour le développement de la région nord. Hélas, on estime que moins de 10% de cette manne ont été concrètement investis dans le nord-Mali» (1). Comme le souligne Philippe Hugon, chercheur à l’IRIS, «cette rébellion est l’héritière de décennies de revendications politiques qui se sont tour à tour heurtées à la colonisation française, au pouvoir malien et aux multiples déceptions inhérentes aux plans de sortie de crise lancés ces dernières années» (2). Ni les crimes commis par l’armée malienne ni le non respect des accords de paix n’ont suscité la moindre réaction de la communauté internationale. Coincés entre des Etats hostiles, le réchauffement climatique et l’insécurité liée au terrorisme islamiste et au banditisme, les Touaregs sont abandonnés à leur sort. Le Mali principalement mais aussi les Etats voisins et particulièrement l’Algérie ainsi que la communauté internationale (dont la France et les Etats-Unis), sont donc responsables du pourrissement de la situation dans cette région et doivent en assumer toutes les conséquences. Cette nouvelle poussée de révolte de ce peuple du désert n’a donc rien de surprenant. C’est une réaction logique à la menace de mort lente qui guette ce peuple et un cri de détresse autant que de dignité. Inutile de noyer le poisson avec des assertions toutes aussi fantaisistes que fallacieuses sur de prétendus liens entre les Touaregs et Alqaida ou que cette rébellion est due au retour de combattants de Libye. Concernant Alqaida, les Touaregs qui connaissent mieux que quiconque leur territoire, se sont toujours mis à la disposition de l’Etat afin de combattre le terrorisme islamiste et les contrebandiers au Sahel. La culture des Kel-Tamacheq est pacifique et hospitalière et n’admet pas les idées extrémistes. De plus, les populations locales du nord-Mali sont les premières à subir les effets de l’insécurité (tarissement du tourisme et limitation des mouvements des personnes et des marchandises). Pierre Boiley résume la position partagée par tous les observateurs de cette zone par les termes suivants : «non seulement il n’y a aucune connivence entre les Touaregs et Alqaida mais au contraire, les Touaregs sont les seuls à combattre les terroristes islamistes et toute forme de délinquance dans le nord-Mali»(3). Les accords de 2006 avaient bien prévu des unités spéciales destinées à la lutte contre l’insécurité mais n’ont été constituées qu’en 2008 et dotées en 2010 de seulement 5 véhicules pour couvrir un territoire plus grand que la France et sans armement ! En revanche, le gouvernement malien qui prétend ne pas avoir les moyens pour combattre Alqaida, déploie d’énormes forces en hommes et en matériel dès qu’il s’agit de réprimer les Touaregs. On est alors en droit de douter de la volonté réelle de l’Etat de ramener la paix et la stabilité dans le nord du pays. De même, les autorités maliennes tentent d’attribuer cette révolte dans l’Azawad au seul fait du retour des combattants Touaregs de Libye après la chute de Kadhafi. Mais le gouvernement omet volontairement de dire d’une part qu’une part importante de ces combattants ont demandé à intégrer l’armée malienne et que le MNLA est formé principalement de membres du MNA qui a été créé en 2010 donc bien avant la révolution en Libye et que ce jeune mouvement a succédé à d’autres mouvements qui ont constitué la résistance touarègue au cours des vingt dernières années (Alliance démocratique pour le changement née en 2006, le Mouvement Populaire de l’Azawad des années 1990, etc.). En conséquence, les vrais motifs du mécontentement des Touaregs n’ont rien de conjoncturel, mais relèvent de revendications politiques fondamentales anciennes et jamais entendues ni satisfaites. Ce qu’il y a de vraiment nouveau en revanche, c’est que le MNLA revendique désormais et de manière claire, le droit à l’autodétermination du peuple de l’Azawad. Cinquante ans après la création de l’Etat malien, celui-ci s’avère incapable d’assumer ses responsabilités en tant que force publique. Les conditions de vie sociale, éducative, sanitaire, se dégradent de jour en jour. Les trois capitales régionales de l’Azawad (Tombouctou, Gao et Kidal) sont à ce jour encore reliées par des pistes. Dans ce contexte d’échec patent de l’Etat du Mali, rien ne peut s’opposer au droit légitime du peuple de l’Azawad de prendre son destin en main si telle est sa volonté, conformément au droit international. Le conflit armé qui oppose actuellement les combattants de l’Azawad aux forces gouvernementales maliennes risque d’aggraver la détresse des populations qui souffrent déjà de la famine et des effets de la marginalisation politique et économique. C’est pourquoi il incombe à chaque partie prenante, interne et externe, de prendre résolument ses responsabilités pour mettre fin rapidement à l’escalade guerrière. La communauté internationale et en particulier l’Union Européenne et l’ONU, doivent prendre d’urgence des initiatives afin de préserver les populations civiles et d’entamer un processus de dialogue pour un règlement définitif au conflit qui oppose le peuple de l’Azawad à l’Etat malien. Paris, 10 Yennayer 2962 – 22 janvier 2012 Le Bureau du CMA. (1) Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, député de Bourem, lors de la «Concertation sur les crises du Sahel», Bamako, 10/12/2011
(2) Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques IRIS), cité par Radio France Internationale (RFI), 19/01/2012, www.rfi.fr (3) Pierre Boiley, chercheur au Centre d’études des mondes africains (CEMAF), cité par Voice of America, 18/01/2012, www.voanews.com
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