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Algérie

Halte à l'incitation à la haine raciale et à la violence

Dans son édition du 17 juin 2009, le journal arabophone algérien Ennahar, publie un «dossier» sur le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK), dans lequel il annonce que le Président du MAK, Ferhat Mehenni, serait soutenu par le «lobby juif», le Maroc et les Etats-Unis, dans le but de déstabiliser l’Algérie.


Dans la même édition, sous le titre «des Algériens au service du MAK avec l'appui de l'occident et du lobby juif», le journal cite également le nom de Kamira Nait Sid, qui serait impliquée dans les activités «séparatistes» du MAK.


En tant que secrétaire générale adjointe du Congrès Mondial Amazigh (CMA), Kamira Nait Sid participe régulièrement à des rencontres internationales, notamment celles organisées par les Nations Unies et œuvre sur le terrain à faire connaître les textes internationaux relatifs aux droits de l’homme et à militer pour leur application. Depuis l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones en 2007, et conformément aux recommandations de l’Instance Permanente des Nations Unies sur les questions autochtones, Kamira Nait Sid et les autres membres du CMA, sont chargés de la diffusion et de l’explication de cette déclaration auprès des populations amazighes en Kabylie comme dans le reste de l’Algérie.


Dans les pays où ils résident comme au niveau international, les membres du CMA n’agissent pas clandestinement. Bien que faisant face à des contextes toujours hostiles et même dangereux (interdits, intimidations, menaces, obstacles administratifs, etc), ils activent publiquement et en toute transparence en faveur des droits de l’homme et des peuples, en s’appuyant particulièrement sur les Chartes, les Déclarations, les Conventions, les Pactes et autres Accords internationaux, adoptés par les gouvernements de leurs pays. Etant conformes au droit international qui prime sur les législations nationales, les activités des membres du CMA sont donc parfaitement légales. Mais elles dérangent fortement les gouvernements, les groupes dominants et les auteurs des atteintes aux droits humains, qui usent de tous les moyens, y compris le mensonge et la calomnie, pour jeter le discrédit sur les défenseurs des droits de l’homme.


Ainsi, lorsque l’on sait que la «haine du juif» est enseignée aux Algériens dès leur enfance à l’école ainsi que dans la plupart des médias et des mosquées, on comprend que quiconque est accusé d’entretenir la moindre relation avec des représentants Juifs, est automatiquement condamné à la vindicte populaire, bien avant d’être éventuellement jugé par un tribunal. De plus, le journal Ennahar tend à susciter la peur et donc le rejet, en prêtant de manière totalement fantaisiste au Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie, des projets de «séparatisme», de «lutte armée» et d’«indépendance de la Kabylie».


Dans ses textes fondamentaux comme dans ses déclarations, le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie revendique l’autonomie de la Kabylie mais sans remettre en cause l’intégrité territoriale de l’Etat algérien. Et cela est parfaitement conforme au droit international qui prévoit le droit des peuples à l’autodétermination.


En se basant uniquement sur leur imagination sans jamais citer aucun texte, ni aucune parole de Kamira Nait Sid ou des responsables du MAK, les journalistes de Ennahar ont monté un scénario obscur qui semble avoir un seul but : susciter la haine et la violence contre les membres du CMA et du MAK en particulier et contre toute organisation Kabyle indépendante qui œuvrerait en faveur des droits et des intérêts de la Kabylie.


Dans ces conditions, le Congrès Mondial Amazigh, ONG internationale de défense des droits du peuple Amazigh,


- dénonce fermement les propos mensongers, racistes et malintentionnés du journal Ennahar,
- exprime sa sympathie et son soutien indéfectible à Kamira Nait Sid,
- exprime sa solidarité avec le Président du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie et avec l’ensemble de ses membres, tant que ce mouvement agira par des moyens pacifiques et respectueux du droit international,
- décide de porter plainte pour «racisme et incitation à la haine raciale et à la violence» contre le journal Ennahar et les rédacteurs des articles concernés,
- sollicite les instances internationales (ONU, UE, UA) aux fins d’interpeller le gouvernement algérien concernant son laxisme vis-à-vis des auteurs de propos et actes racistes anti-Amazighs.

Paris, le 24 juin 2009
P/le Bureau du CMA
B. Lounes, Président

 
AVRIL 2009 INTENSE ACTIVITE DU CMA A GENEVE
 

Depuis leur arrivée à Genève samedi 18 avril, les membres de la délégation amazighe ont d'abord participé dès le lendemain aux conférences des ONG organisées avant l'ouverture officielle de la Conférence officielle de l'ONU sur le racisme et les discriminations.

Au Palais des Nations à partir du 20 avril, les délégués Amazighs se sont partagés les tâches afin de pouvoir être présents aussi bien dans la plénière que dans la plupart des conférences et débats organisés en marge de la conférence officielle.

Lors des débats, ils ont été nombreux à prendre la parole et au moment des pauses et des repas ou en fin de séances, les représentants Amazighs ont multiplié les contacts avec les ONG, les Groupes de travail d'experts de l'ONU, les Rapporteurs Spéciaux ainsi que les délégations officielles.

Durant leurs interventions, les membres de la délégation amazighe (Maroc, Libye, Kabylie et de la diaspora notamment de France et de Hollande), ont rappelé aux Etats leurs engagements dans la mise en œoeuvre effective des dispositions de la Déclaration et du Programme d'Action de Durban, et ont également soulevé notamment les questions relatives aux droits des peuples autochtones, aux violences, à la répression et au racisme institutionnel pratiqués par les Etats d’Afrique du Nord à l'encontre des Amazighs.

Profitant de cette vitrine internationale, les membres de la délégation amazighe ont fourni un travail d'information à destination des différents organes de l'ONU et des acteurs internationaux dans le but de les sensibiliser à la problématique amazighe telle qu'elle se pose dans les différents pays de Tamazgha.

L'ensemble des ces activités ont pu donner une grande visibilité à la question amazighe au Palais des Nations à Genève. Le drapeau amazigh ainsi que les robes Kabyles portées par les femmes membres de la délégation du CMA ont particulièrement attiré l'attention et suscité l'intérêt des présents à Genève. On entendait souvent la question: "You are Amazigh" ? et la réponse : " Yes, I am!".

Conférence mondiale contre le racisme et les discriminations

 

Genève, 20 – 24 avril 2009

 

Intervention du Président du CMA en séance plénière

 

Mme La Présidente,

 

Mmes, Mrs les délégués

 

Les Amazighs constituent le peuple premier d`Afrique du Nord. On les appelle communément les "Berbères". La Conférence de Durban en 2001 à laquelle nous avions pris part, était un événement historique qui a suscité en nous un immense espoir, car nous croyions à un réel engagement des Etats, des organisations internationales et de la société civile, pour une véritable lutte contre le racisme et toutes les formes de discriminations.

 

Huit années plus tard nous sommes au regret de constater que pour le peuple Amazigh les choses ne sont pas allées dans le sens attendu : nous avons continué à subir la répression, les interdits et l’exclusion du fait même que nous sommes des Amazighs.

 

Ici à Genève, nous avons écouté les gouvernements qui administrent nos pays en Afrique du Nord (notamment le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye) dire une fois de plus, qu’il n’y a pas de racisme chez eux et même donner des leçons de bonne conduite en matière de tolérance et de respect des droits de l’homme.

 

Malheureusement, nous sommes là pour témoigner qu’aujourd’hui il y a des détenus au Maroc seulement parce qu’ils ont revendiqué le droit à leur langue et à leur culture amazighes, que notre collègue Chakib El-Kheyari est emprisonné arbitrairement depuis le 18 février dernier et Abdelaziz El-Wazani est menacé subit le harcèlement judiciaire depuis 2 ans, qu’en Algérie les gendarmes ont tué 126 Kabyles en 2001 lors de manifestations pacifiques et que les militants pour l’autonomie de la Kabylie subissent un harcèlement policier permanent, qu’au Niger et au Mali les Touaregs sont pourchassés, que la Tunisie a presque achevé sa tâche d’éradication de l’existence des Amazighs dans ce pays, qu’en Libye, les domiciles de militants pour les droits des Amazighs ont été attaqués dans la ville de Yefren en décembre 2008 par des extrémistes arabistes en présence et avec l’aide de la police et de l’armée.

 

En définitive, au delà de la Déclaration qui vient d’être adoptée ici à Genève, ce que nous attendons, ce sont surtout les actes concrets, en commençant par l’arrêt immédiat des violences et de l`oppression dont souffre le peuple Amazigh. Seules des avancées réelles et dûment constatées, dans le respect de nos droits pourraient nous rendre l’espoir et la confiance.

 

En tant qu’ONG, nous croyons beaucoup au droit international et à l’ONU pour nous aider à faire reconnaître et respecter nos droits. Mais nous pensons que l’ONU ne doit pas rester le club exclusif des Etats. L’ONU doit s’ouvrir à tous les peuples et Nations du monde afin que toute l’humanité soit démocratiquement représentée au sein de cette organisation mondiale. Il est donc impératif que l’organisation des Nations Unies accepte comme membres les peuples sans Etat et les peuples marginalisés, comme c’est le cas du peuple amazigh. Nous demandons donc solennellement à ce que le peuple Amazigh soit accepté comme membre des Nations Unies afin que cette instance puisse être notre maison à tous.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

Palais des Nations, Genève, 24 avril 2009

 

Belkacem Lounes

 

Président du CMA

 

 

 

NB: Lors de l’intervention orale du Président du CMA et juste après qu’il ait évoqué le cas de la Libye, le représentant du gouvernement libyen a immédiatement réclamé une motion d’ordre, pour protester contre les propos de Belkacem Lounes. Celui-ci a ensuite poursuivi son intervention en répondant qu’il était de son devoir de dénoncer le racisme et les violations des droits humains et de réclamer qu’ils cessent. Il a ajouté : " le jour où les Etats respecteraient les droits et les libertés, je serai le premier à les féliciter ". Cet incident a eu pour effet de susciter davantage l’intérêt de l’auditoire à l’intervention du Président du CMA.